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french: Articles France: Nicolas Sarkozy et la laïcité - néo-cléricalisme ou ultra-modernité? Analyse Philippe Portier 15 Mar 2008 De récents discours du Président de la République française évoquant la place de la religion ont suscité en France des débats. Comment interpréter ces propos? Philippe Portier, directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, nous livre ici son analyse sur les transformations qu'ils révèlent.
Une autre interprétation est possible cependant. Acceptons d'abord l'idée, sinon de rupture, de mutation du moins. Nicolas Sarkozy ne pense plus le rapport du politique à la croyance dans les mêmes termes que les fondateurs de la Troisième République. Le modèle originel de laïcité entendait «privatiser» le religieux. Ni reconnaissance officielle, ni financement public des cultes: pour rendre le temporel à sa totale souveraineté, et assurer l'égalité devant la loi de tous les citoyens, la Séparation de 1905 relègue les Eglises en dehors de l'espace public d'Etat, où le système concordataire, établi en 1801-1802, les avait réinstallées. Le Président ne dissimule en rien pour sa part sa volonté de renouer les liens. Aux ecclésiastiques qui l'écoutent au Latran, il déclare: «Sans modifier en rien les grands équilibres de la loi de 1905 (...), partout où vous êtes engagés, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, et dans les Universités, je vous soutiendrai». D'autre part, les républicains voulaient «déconfessionnaliser» la morale. La mission de l'école était à leurs yeux de transmettre aux futurs citoyens une morale «indépendante». On considérait qu'il n'était nul besoin de la foi, souvent identifiée du reste à la superstition et au fanatisme, pour asseoir la rectitude des conduites individuelles et collectives. La raison naturelle suffisait, pensait-on alors en écho à Kant. Sur ce point aussi, le Président fait vaciller les repères. Etablissant explicitement une hiérarchie, que le discours récent devant le Conseil représentatif des institutions juives n'a pas réellement démentie, entre la parole du prêtre (ou du pasteur) et celle de l'instituteur, il nous invite, dans une démonstration que ne renierait pas un moraliste néo-thomiste, à surélever la morale commune d'une référence à la transcendance: «La morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini». On aurait tort néanmoins de trouver dans ces paroles l'indice d'un retour au système concordataire du XIXè siècle. D'abord, sans solution de continuité avec 1905, Sarkozy clame son attachement à l'autonomie du politique. On ne trouvera pas dans ses textes le dessein de réimplanter l'Eglise catholique, ou les autres cultes, comme c'était le cas avant les lois scolaires des années 1880, au cœur des dispositifs scolaires (c'est la «morale laïque» que l'école doit enseigner), ni a fortiori de soumettre la loi de l'Etat aux décrets de l'autorité religieuse: «Dans la République laïque, l'homme politique que je suis n'a pas à décider en fonction de considération religieuse, même s'il juge utile que sa réflexion et se conscience soient éclairées par des avis (...) auxquels doivent prendre part toutes les intelligences et toutes les spiritualités de notre pays». Ensuite, le Président ne revient à aucun moment sur le principe, essentiel dans la pensée républicaine, de l'égalité des citoyens. Nul ne doit être discriminé en fonction de ses adhésions de foi, empêché de croire ou de ne pas croire, privé de «la liberté de croire comme de celle d'être athée», ni, ajoute-t-il en une adhésion explicite à la loi du 15 mars 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école publique, «être blessé dans sa conscience par des pratiques ostentatoires». Bien sûr, il en appelle - mais ses devanciers, de de Gaulle à Mitterrand, allaient dans le même sens (pensons à la législation sur les subventions aux écoles privées, ou aux aides fiscales accordées aux associations cultuelles) - à soutenir financièrement les activités ecclésiales. Ce n'est pas, dans ses textes, introduire un régime de différenciation juridique, mais, comme cela existe dans tant d'autres secteurs, donner forme concrète à la notion d'égalité. Quelle signification donner à ce discours métissé, où s'associent l'universalisme libéral et la particularité religieuse? Un détour s'impose ici par les analyses d'Ulrich Beck. De La société du risque Philippe Portier est directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris-Sorbonne). En annexe, comme document, Religioscope met à disposition de ses lecteurs les textes intégraux des trois discours de Nicolas Sarkozy (fichier PDF, 144 Ko): www.religion.info/pdf/2008_doc_sarkozy.pdf URL: http://religion.info/french/articles/article_369.shtml |