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ICG
9 Mar 2006
Les émeutes des banlieues d’octobre-novembre 2005 et le militantisme jihadiste de la communauté musulmane sont le résultat des mécanismes de discrimination et d’exclusion, ainsi que le produit de la désertification politique des banlieues. C'est à l'ensemble de ces phénomènes que la France doit s'attaquer d'urgence, estime l'International Crisis Group (ICG).
9 mars 2006 -- Le dernier rapport de l’ICG, intitulé La France face à ses musulmans: Émeutes, jihadisme et dépolitisation, qui inaugure une série sur l'islamisme en Europe, examine les racines des violences qui ont secoué l'hexagone. Ce rapport rejette l'approche centrée sur le caractère religieux des violences et insiste plutôt sur l'absence de relais politiques alternatifs et efficaces. Il retrace l'échec des diverses tentatives d'organisation politique des populations issues de l'immigration musulmane, que ce soit le mouvement beur dans les années 1980, les mobilisations se situant dans la filiation de l'islamisme politique, ou bien encore les mouvements associatifs de jeunes musulmans. L'épuisement de ces approches coïncide avec la montée du salafisme. Le succès des salafistes traduit beaucoup plus le souci individualiste, le repli sur soi et la démission politique qu’un projet de communautarisation ou de confrontation avec la société.
"La participation politique des populations issues de l’immigration musulmane est en panne", souligne Robert Malley, Directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du Crisis Group. "Un vide politique dangereux règne, surtout au sein de la jeunesse désoeuvrée des banlieues. La revendication politique se radicalise alors autour de deux axes; le salafisme jihadiste et les émeutes. Cette revendication se nourrit de conditions sociales précaires, tant au niveau du travail que du logement, de la discrimination sociale ou de la stigmatisation de l'Islam".
Dans un contexte d’essoufflement des organisations de jeunes et de notabilisation de l’islamisme politique et en l’absence de relais politiques laïques efficaces, la revendication tend à se repositionner sur le terrain de la violence. Des solutions sécuritaires ou socio-économiques doivent être prioritaires, et inclurent une diminution de la présence coercitive de l'État dans les banlieues ainsi que la réduction des discriminations sociales. De même, un traitement politique s'impose et doit: revoir les formes de représentation de la population musulmane, dynamiser le tissue associatif et revitaliser l'implantation politique dans les banlieues précarisées.
"La présence d’un Islam tranquille et sous contrôle n’a pas fait et ne fera pas barrage, ni à la tentation radicale, ni à la dynamique émeutière", indique Patrick Haenni, consultant auprès du Crisis Group. " Au contraire, la réponse doit se positionner dans le champ politique: diminution des pratiques répressives dans les cités et offre, au jeune musulmans en particulier, de nouvelles formes de représentation politique crédible, y compris à travers les grands partis politiques nationaux".
Ce rapport d'une trentaine de pages (564 Ko) peut être téléchargé au format PDF à partir du site de l'ICG.
 

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